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TOGO: Le FNFI, l’autre NAFA et un instrument déguisé d’achat des consciences ?
Publié le mercredi 29 janvier 2014  |  Liberté hebdo


© AFP par DR
Faure Essozimna Gnassingbé, Président de la République du Togo


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La présidentielle de 2015 et les grandes manœuvres politiciennes
. Faure Gnassingbé confirme ses intentions de s’éterniser au pouvoir
La Kozah était le centre
névralgique du Togo les vendredi et samedi derniers. Après Sarakawa qui a
abrité, vendredi, les festivités de commémoration du 40e
anniversaire de l’attentat (sic) du 24 janvier 1974 et vu tout
l’attirail de l’Etat s’y transporter, c’est la ville de Kara qui a pris
le relais avec d’abord l’inauguration du nouveau grand marché de la
ville, puis le lendemain, avec le lancement officiel du nième projet du
ministère du Développement à la Base, le fameux Fonds national de la
finance inclusive (Fnfi). Un lancement et un projet dont des aspects
cachent mal les visées électoralistes de Faure Gnassingbé.
Des objectifs nobles, tout le monde emballé
Rendre plus accessibles les services
financiers à tous, surtout les plus pauvres, par l’entremise des banques
et des institutions de microfinance. Telle est la mission du Fonds
national de la finance inclusive (Fnfi), créé par décret pris en Conseil
des ministres en décembre 2013 et placé sous tutelle du ministère du
Développement à la Base, de l’Artisanat, de la Jeunesse et de l’Emploi
des Jeunes. Dans sa stratégie d’intervention, le Fnfi se repose sur
trois piliers centraux : promotion d’une vraie offre de finance
inclusive et de produits innovants et adaptés à travers des appuis
institutionnels aux prestataires de services financiers (PFS); mise à
disposition de lignes de crédit à des conditions bonifiées, permettant
l’offre de produits aux bénéficiaires à des coûts raisonnables, tout en
préservant la rentabilité et la pérennité des institutions financières,
et la mise en place de mécanismes de sécurité au profit des PSF pour le
financement des secteurs risqués (agriculture, premiers projets des
jeunes etc) et de fonds de facilitation pour le financement des IMF
auprès des banques.
« (…) Nous sommes au service des
populations les plus vulnérables. Nous ne pouvons pas laisser les
pauvres s’appauvrir davantage », a déclamé Faure Gnassingbé qui peint le Fnfi comme « une véritable coalition qui se forme contre la pauvreté ».

« Nous avons le ferme espoir que les défis qui restent à relever, le
Fnfi va apporter des solutions à tous. Le système des Nations Unies
salue l’initiative et tient à accompagner le Fnfi pour son plein
développement », a laissé entendre Mme KhardiataLô N’diaye, la représentante résidente du Pnud au Togo. «
L’initiative elle-même répond à une préoccupation de la Bad : inclure
les couches les plus favorisées dans le développement. Nous allons
mettre notre assistance au gouvernement dans cette initiative », renchérit Serge N’Guessan, le Représentant résident de la Banque africaine de développement (Bad) au Togo.
Les femmes, les bénéficiaires principales du projet n’étaient pas en reste. « Au
moment où je vous parle, à cause de la pauvreté couplée avec le décès
de mon mari, les charges pesant sur moi, mon fils qui est en classe de
première, a dû abandonner l’école. Avec tout ce que j’ai reçue comme
information sur le Fnfi, l’année prochaine je mettrai le paquet double.
D’abord avec mon petit commerce qui ne suffit pas, je ferai un prêt pour
agrandir mon commerce et avec le taux d’intérêt, j’arriverai à
rebondir », s’est emportée une dame, mère de 5 enfants. « Je suis fière…Je ne tarderai pas à renouer avec mon petit commerce », dit une autre.
Un projet qui s’étale jusqu’à l’après 2015 !
On le disait tantôt, les objectifs
affichés du Fnfi sont on ne peut plus nobles. Sa vision, selon Mme
Victoire Tomégah-Dogbé, sa conceptrice en chef, est de « contribuer,
de manière significative et déterminante, à repousser les frontières de
l’exclusion financière en mettant en œuvre un puissant instrument
financier qui devra être une réponse institutionnelle forte aux
contraintes spécifiques d’accès, surtout des populations les plus
pauvres, aux services financiers de base ». Mais ce que le commun
des Togolais ignore peut-être, c’est que le projet vise à toucher
environ deux millions de bénéficiaires en termes d’emplois, d’activités
génératrices de revenus, de micro et moyennes entreprises – pratiquement
la moitié de la population active, ou le corps électoral -, et s’étale
sur cinq (05) ans. Le projet devra donc être bouclé en…2019 !
2019 ! Nombre de Togolais ne voient sans
doute pas encore. Il s’agit de quatre (04) ans après la présidentielle
de 2015. Une échéance électorale à laquelle Faure Gnassingbé ne devrait
pas se présenter, en bon gentleman et démocrate certifié ISO 9001 comme
le présentent ses inconditionnels. Parvenu au pouvoir en 2005 dans les
conditions qui restent encore en travers de la gorge des Togolais, 2015
marque la fin de ses deux mandats constitutionnels et il devrait vider
le plancher. La question qui triture les méninges actuellement est de
savoir s’il va rempiler, vu qu’il ne montre aucune envie d’exécuter les
réformes institutionnelles et constitutionnelles recommandées par
l’Accord politique global (Apg) du 20 août 2006. Dans les conditions
normales, un homme à quelques mois du terme de son séjour au pouvoir, ne
lance pas des projets de plusieurs années, s’il est vraiment dans la
disposition d’esprit de quitter le pouvoir. Par le lancement de ce Fnfi,
Faure Gnassingbé lève simplement le voile sur ses véritables
intentions : rempiler en 2015 et s’éterniser au pouvoir.
Le Fnfi, le Nafa de 2015 ?
Apash, Alafia, Nafa. C’étaient des
structures à visée électoraliste cachées sous des noms d’Ong et autres
institutions de microfinance suscitées par le pouvoir en amont de la
présidentielle de 2010, pour acheter les consciences des électeurs,
notamment les femmes, au profit du candidat du pouvoir. Celle qui avait
fait beaucoup de bruit était Nafa, donnée pour appartenir à la génitrice
du Prince de la République. Il était miroité aux femmes des prêts sans
intérêts, et c’est ainsi qu’elles étaient appâtées. Auprès de certaines
de ces institutions, on n’est pas arrivé à cacher les intentions
électoralistes. C’est ainsi qu’il était ouvertement dit aux requérantes
des fonds qu’elles ne seraient pas astreintes au remboursement si elles
votaient pour Faure Gnassingbé ; mais qu’elles seraient traquées et
paieraient jusqu’au dernier centime au cas contraire. Et la manœuvre
avait marché.
Pour nombre d’observateurs, le Fnfi
n’est que la Nafa de 2015 et ce lancement officiel du Fonds n’est qu’un
lancement tacite de la campagne électorale de Faure Gnassingbé pour la
présidentielle 2015. Pas trop farfelu, lorsqu’on voit toute l’ambiance à
la limite de l’hystérie au Palais des congrès de Kara samedi dernier et
le boucan qui a entouré la cérémonie. Officiels du gouvernement,
directeurs de services administratifs, acteurs du secteur bancaire et de
la microfinance, partenaires en développement, représentants
diplomatiques, ils étaient tous invités et la salle était pleine à
craquer. On notera surtout la présence massive des femmes, habillées en
t-shirts sur lesquels on pouvait lire : « Finance accessible à tous »
et qui n’hésitaient pas à acclamer à rompre leurs phalanges à chaque
mot de Faure Gnassingbé. Fait insolite, il y avait de l’animation
politique. Et, comme par hasard, Faure Gnassingbé a envoyé un message
aux femmes lors de son allocution et requis leur…soutien !« Nous
allons faire davantage, mais on ne réussira pas si vous – les femmes,
Ndlr – vous ne nous soutenez pas. Où que vous soyez, c’est vous qui êtes
à l’avant-garde de la pauvreté…», s’est-il adressé à elles. Des
propos pleins de sens. Et il n’est pas superfétatoire de rappeler que
sur la fiche d’adhésion au parti Unir, il est demandé aux postulants,
entre autres questions suspectes, s’ils ont une fois bénéficié de
microcrédits. Et si le Fnfi est une façon déguisée d’en offrir aux
femmes surtout, dans l’espoir d’une suite favorable ?
Tino Kossi

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