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Venez danser đõŋ đõŋ !
Publié le jeudi 29 aout 2013  |  Togocity


© L’Union par DR
Conférence de presse organisé par l`association de la nouvelle génération de poètes togolais
Jeudi 22 aout 2013. Lomé (Bibliothèque nationale). L’Association de la nouvelle génération de poètes togolais, dénommée Cénacle, a organisé une conférence de presse pour présenter le bilan des 5 ans d’activités de l’association et le programme marquant la célébration de ce quinquennat.


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Le tam-tam résonne :
« Mi va mi đu đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ ! »
Il y a ceux qui s’y sont jetés, enfoncés
Depuis des années, des décennies,
Seulement jusqu’à mi-jambes, ou jusqu’à la taille, jusqu’au ventre…
C’est important le ventre ! Ou la panse. Pensez à Yévi Golotoé
Savez-vous ce que son ventre contient
Depuis que le monde existe ?
N’est-ce pas la partie la plus importante de sa personne, celle qui entraîne le reste du corps ? Même la tête, le cerveau ?
Quand le ventre, la panse passe, c’est que la tête qui pense passera
C’est que tout le corps peut passer
Mains, bras, épaules, cou,
Engloutis
Dans le ventre abyssal de la boue confondu avec celui de Yévi
Vous dites qu’il a bu de la boue
C’est pourquoi son ventre est ballonné
Que ce n’est pas parce qu’on a soif
Qu’il faut boire de l’eau trouble
— Mais trouble vous-mêmes, bande de trouble-fête !
Il y en a qui se disent et nous disent qu’ils vont s’en tirer
T i i i r e er…un petit effort suffit.
S’en tirer bientôt, s’en tirer demain, s’en tirer dans un mois, un an, cinq ans au plus… le temps de…
Remplir la panse, pensez-y ! Dame !
Le drame, c’est qu’ils sont au fil du temps
Par une damnation
De plus en plus avalés.
Quand ils ont peur qu’on les voie vaciller,
S’enliser,
Tanguer, tomber, fondre comme des riens dans la boue
Fondre de honte, confondus avec le bourbier
Ils se raidissent
Ils esquissent un sourire, un rictus, des grimaces, des simagrées
Il faut ravaler les mines crispées, les grincements de dents, l’eau boueuse et dégoûtante dans la bouche…la honte d’en avoir bu
Et en hommes toujours libres
Danser, encore et toujours
Trépigner, se trémousser, remuer ce que l’on peut de son corps,
Les pieds pourtant englués dans la vase,
Comme danse Yévi pris au piège dans le conte, honteux quand il voit passer un singe, un petit singe de rien, naїf : « Il ne faut pas qu’il sache que
Moi Yévi, le héros, le poilu, valeureux guerrier de toutes les guerres, portant toison abondante entre les cuisses je puisse être pris au piège.
Pour quoi ? Pour quelques épis de maїs… »
Il chante :
« Mi va mi đu đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ !
Tends-moi la main de la fraternité, petit singe, formons la chaîne de l’union, de la solidarité, de la paix, du salut national,
De l’amour de la patrie et dansons đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ !
Ça ne plaît pas ? Ne vois-tu pas comme c’est beau, c’est agréable, c’est enrichissant ? »
— Non, ça manque de souplesse, de beauté, d’élégance
Et puis, ton chant de l’union, de la solidarité, de « sauvons la patrie », de la chaîne couleur arc-en-ciel ou arc-en-terre arc-en-boue qui bouillonne bou-bou-bou et que tu exécutes en t’arc-boutant à de la boue,
Les yeux rouges, dilatés et globuleux,
Je le connais, c’est celui des couleuvres, des boas qui rampent
Des pythons qui vous étouffent, qui vous avalent comme la boue
Mon père m’a dit de m’en méfier…
— Ton père est un con, un anti-citoyen, anti-patriotique.
Ton père n’est pas un intellectuel.
Tu vois bien que je suis un intellectuel, moi. C’est écrit sur mon front, oui ou non ? Qu’est-ce que y tu lis ?
— Je lis : Maître Yévi.
— Et alors ?
Et pour prouver qu’il est un intellectuel, un philosophe, un savant, un maître danseur
Yévi, pataugeant toujours dans la boue, emporté par un délire de raisonnement ou de résonnement du tam-tam đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ ! poursuit son show de boa boa boa dans le bourbier
Pourquoi voulait-il prendre le petit singe par la main et l’entraîner dans la boue qui avale ?
Parce que la danse nationale đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ ! a besoin de la contagion pour se poursuivre
Il faut s’assurer qu’on n’est pas seul à la danser
Il faut allonger la chaîne des danseurs
Pour se dire
Que même ceux qui y résistent ou font semblant d’y résister aujourd’hui vont y passer
Demain, après-demain…
Ðõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ !
On finit par s’y faire đõŋ ! đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ ! Tam-tam et tout le reste.
C’est comme si on y nageait aisément, si on surfait sur une eau aux belles vagues brillantes đõŋ ! đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ !
Et, ceux qui sont contre đõŋ ! đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ ! n’ont qu’à réfléchir un peu :
Sans đõŋ ! đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ !
Dans la boue, il n’y aurait pas de briques
Alors que, comme le dit le slogan ( le slogan đõŋ ! đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ !c’est notre façon de réfléchir, de marcher, d’aller de l’avant ) avec đõŋ ! đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ !
On a des briques, regardez : mille, cinq mille, un million, un milliard, des milliards de briques en perspective ou même déjà fabriquées
Selon le nombre de pas qu’on est capable de faire à la seconde, à la minute…
C’est pas beau ça, đõŋ ! đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ ? Si vous ne voulez pas descendre dans la boue pour danser đõŋ ! đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ !
Gare à vous !
Même si vous êtes diaspora, pouah !
On vous éclaboussera.
Quand vous aurez votre belle veste, vos élégantes robes, vos pagnes brillants, vos boubous amidonnés et même vos pyjamas couverts de boue, qui vous collent à la peau, qui vous empêchent d’aller à votre aise, de vous coucher, de dormir,
Qui craquent avec votre peau,
Que ferez-vous ? Hein ?
Regardez vos propres visages et vos membres dégoulinant de boue liquide et visqueuse, peinturlurés ou portant des plaques de boue séchée !
Qu’y pouvez-vous ?
Alors, à quoi ça sert de résister ?
Les briques, vous dites ekpevi, oh non, ce n’est pas pour construire nos propres maisons, nos propres châteaux…ici et là, à Lomé, au village, à
Paris…ailleurs
On n’est pas des égoїstes
On est des patriotes
Les briques, c’est pour construire la nation.
Pour édifier la patrie.
Vous qui ne voulez pas danser đõŋ ! đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ ! vous souhaitez la ruine de la nation, hein ?
Il y a ceux qui se surprennent à rêver
Rêver de la lune
Et qui nous surprennent
Nous prennent-ils pour des poires ?
Ou sont-ils eux-mêmes des poires ?
Leur rêve, c’est quoi ? Ou plutôt, c’est quand ? On avait cru, on avait dit : c’est maintenant, comme quelqu’un l’a déjà dit, mais…
Bon, si ce n’est pas maintenant, c’est 2015
Pas plus loin que cela ?
Pourquoi voulez-vous que ce soit retardé ?
S’élancer, s’envoler vers la lune en 2015
Qui est-ce qui veut s’envoler ?
Moi moi moi…pas toi, surtout pas toi !
— D’accord, singe, tu as raison : on oublie un peu la chaîne
C’est alourdissant. Assourdissant. Tous ces bruits, cette bousculade dans la boue boue boue boue ! Bagarre. Coups de boue lancés les uns contre les autres !
Ah !Pour s’envoler comme un moineau, il faut un moi menant bien sa manœuvre dansante
Un moineau qui ne monnaie rien
Qui ne ménage personne. C’est quoi, un allié ?
Pour s’envoler, il faut aussi d’abord se tirer de la boue ?
— Mais la boue sèchera.
Elle deviendra poussière, dit hardiment Yévi.
— C’est vrai, Maître Yévi, insinue timidement le petit singe étourdi, mais que feriez-vous si vous deveniez vous-même poussière ?
— Pou…pou…Pourri, toi-même, singe-au-cul-rougi hintoo, antovi ! Tu veux me faire la morale ?
Quoi, moi Yévi, moi un savant, un intellectuel, je pourrais faire corps avec la boue méprisable au point de m’assécher et de devenir pou…pou …poussière comme la boue ?
— Oui, et être pulvérisé, éclaté, éparpillé dans tous les coins comme dans le conte, réduit à néant...
— Tu m’embêtes, petit singe, simple d’esprit. Diaspora ou pas, disparais !
Toi et les bêtes qui te ressemblent, vous nous embêtez dans ce pays. Vous nous le payerez !
Vous nous empêchez de nous livrer à la ronde, la farandole, de tourner en rond dans la danse.
Laissez-nous danser notre danse đõŋ ! đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ ! nationale et fabriquer, multiplier les briques.
— Dans la boue ? Alors, que le tourbillonnement se poursuive,
La musique aussi ! đõŋ đõŋ ! đõŋ đõŋ !
Sénouvo Agbota ZINSOU

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