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Gestion des eaux frontalières entre le Togo et le Bénin: La société civile s’implique
Publié le lundi 7 juillet 2014  |  Togo gounna




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En prélude à la naissance de l’Autorité du Bassin du Mono, les acteurs de la société civile du Bénin et du Togo se sont retrouvés le 1er juillet 2014 au Chant d’oiseau de Cotonou pour préparer leur participation au processus de mise en place. C’est sur l’initiative de JVE Internationale. Des résultats de cet atelier, il ressort qu’au nom des populations riveraines de ce cours d’eau, cette société civile se veut dynamique, active dans le fonctionnement et l’exécution des tâches attribuées à l’institution naissante.


Inondations cycliques aux conséquences désastreuses sur les deux rives, dégradations de l’environnement et autres atteintes à l’écosystème, problèmes de transhumance, mauvaise conception et échec des projets hydroagricoles, mal gouvernance des ressources, etc. Le bassin du Mono semble devenir au fil des années un « trésor empoisonné » en raison de l’absence d’un cadre de gestion qui tient compte de son statut international. Une telle situation empêche la société civile de disposer d’un interlocuteur valable pour faire porter la voix des populations et surtout des victimes.

Profitant de la volonté des décideurs étatiques à associer la société civile au processus de création de l’ABM, ses acteurs, s’inspirant de cet héritage peu reluisant, ont décidé d’unir leur vision pour se faire entendre. C’est ce qui justifie l’intitulé de l’atelier : « Faire compter la voix des citoyens dans l’opérationnalisation réussie de l’ABM».

« Dans notre entendement, l’Autorité du Bassin du Mono est un modèle différent de toutes les autres institutions de bassins ». Ainsi parlait le représentant de la CEDEAO à l’ouverture de l’atelier. Ce qui conforte l’initiative de l’ONG Jeunes volontaires pour l’environnement de faire intégrer les points de vue des citoyens et des organisations de la société civile dans les textes fondateurs de l’ABM. A l’issue des échanges faits de communications et de débats, sur la nature d’une participation citoyenne véritable dans les organes de l’ABM, les opportunités des organisations de la société civile et des collectivités territoriales dans son opérationnalisation et les principes de gestion transfrontalière des bassins appliqués à sa conception, les participants à cet atelier, venus du Bénin et du Togo, ont formulé des recommandations à verser aux travaux des experts et au lancement de l’Autorité du 02 au 04 juillet 2014.

Il est question pour l’atelier, de faire remarquer que la présence de la société civile doit être active selon un mécanisme bien déterminé. « Sans mécanisme, la participation de la société civile est remise en cause », explique Arnauld Adjagodo, chargé de programme au Partenariat national de l’eau du Bénin (PNE Bénin).

C’est dire que les organisations de la société civile, au nom des populations vivant dans le bassin du fleuve Mono, ne veulent pas jouer un rôle de figuration, mais user de leurs expériences et de leur mission citoyenne pour avoir une capacité d’influence dans les processus de prise de décisions. C’est pourquoi les réflexions ont tourné autour des modèles de participation des OSC et des populations à la gestion des bassins. L’un des modèles retenus à cette rencontre est la mise en place des alliances stratégiques pour faire capitaliser les avis et les expériences des populations au niveau du forum des parties prenantes, l’un des organes de l’ABM au sein duquel sont prévus des représentants de la société civile. « Nous devons savoir profiter du peu d’espace qu’on nous offre pour donner de grands résultats afin que les décideurs s’intéressent davantage à nous », estiment les participants à l’atelier.


A l’issue des travaux, plusieurs recommandations ont été élaborées pour être présentées à la réunion des experts. Elles concernent, entre autres, la participation de la société civile et des collectivités locales au comité des experts du Bassin du Mono, l’inscription de la participation du président du Forum des parties prenantes aux travaux du Comité technique des experts conformément à l’article 7 des statuts adoptés au cours de l’atelier national de validation des avant-projets de textes constitutifs de l’Autorité du Bassin du Mono le 12 mars 2012 à Lomé. Il y a aussi la définition d’un mécanisme transparent de participation des organisations des acteurs de la société civile et des collectivités locales des deux pays à l’exécution de la feuille de route pour la mise en œuvre effective de l’Autorité du Bassin du Mono, la poursuite des efforts d’implication de la société civile dans tout le processus de mise en place de l’Autorité du Bassin du Mono par les deux Etats et tous les partenaires et enfin le respect de l’équité et la protection des intérêts des usagers et usagères contre toute industrie extractive.

La société civile vient ainsi de donner un signal fort par ses recommandations et son unité aux initiateurs étatiques de la création de l’Autorité du Bassin du Mono.

Quelle société civile veulent les experts ?

A quoi servirait une société civile faite de godillots, applaudisseurs à ne point rompre, dans les fora de discussions dans l’opérationnalisation de l’ABM. Les Objectifs du Millénaire pour le Développement n’ont pu avoir des résultats, même maigres à des endroits, que grâce à l’effort des organisations de la société civile. La mission de l’Autorité du Bassin du Mono et de ses organes se confond à la promotion de la Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) dans l’espace concerné.


Cette réalité semble être ignorée par les experts en réunion du 02 au 03 juillet à Cotonou. Car, les travaux de la première journée de travail laissent entrevoir une collaboration difficile entre les acteurs étatiques et la société civile. Sur les huit recommandations formulées par les participants à l’atelier du 1er juillet 2014, aucune n’a été réellement retenue. Comme une consolation, la quintessence du point 8 des recommandations a été reprise par l’un des articles existants concernant la promotion de l’ABM. C’est un mauvais signal. Le représentant de la CEDEAO ne disait-il pas, devant les organisations de la société civile, à l’ouverture de leur atelier, que « l’ABM est une agence de proximité qui va s’intéresser aux acteurs locaux » en précisant qu’il y aura « une forte implication de la société civile » ? Cette proximité est la réalité quotidienne de la société civile qui n’a pas attendu la création de l’ABM pour agir et travailler avec les populations.

Elle constitue, de ce fait, un terreau de compétence dont doit profiter l’institution à sa naissance. Rejeter d’office la quasi-totalité de ses recommandations, c’est reléguer au second plan ses acteurs, c’est leur attribuer un rôle de figuration et donc ignorer leur statut de représentants légitimes des populations à la base dont ils sont proches et à qui ils ont vocation à rendre compte du processus. Si dès le début du mouvement, des aspects importants de leurs réflexions ne sont pas pris en compte, il leur sera difficile de plaider auprès des populations pour leur adhésion réelle autour de ce projet.


Les OSCs ont un grand rôle à jouer au profit de la gestion concertée du Bassin du Mono. C’est le moment pour les acteurs étatiques de saisir cette chance. Et les experts venus des ministères béninois et togolais en charge de l’eau, de l’énergie, de l’environnement, de l’agriculture, de la pêche, de l’élevage, de l’énergie, du budget et de l’intégration maîtrisent et évaluent le rôle déterminant des acteurs de la société civile dans ses secteurs dans chacun des deux pays. L’évaluation qualitative dynamique de cette participation doit les guider à mieux les écouter et tenir compte de leurs expériences et propositions contenues dans les recommandations formulées.

A. P. Virgil HOUESSOU

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