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Togo/Francophonie : Après Compaoré, Hollande vise clairement Faure Gnassingbé
Publié le lundi 1 decembre 2014  |  afrika express


© aLome.com par DF
Conférence de presse de clôture du XVe Sommet de la Francophonie
Dakar, le 30 Novembre 2014 - Le XVe Sommet de la Francophonie a pris fin, à Dakar, avec le choix de Michaëlle Jean comme Secrétaire Général de la Francophonie. L`ancien Gouverneur du Canada succède à Abdou Diouf qui a passé 12 années à la tête de l`Organisation Internationale de la Francophonie.


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A la suite du Burkina Faso et en marge du sommet de la Francophonie, Paris entend augmenter la pression sur Faure Gnassingbé. Pour cela, non seulement Hollande a changé une phrase dans son discours, mais il a rencontré le président togolais pour lui demander d’écouter « la voix de son peuple». Au-delà de la lettre à Compaoré, le président français avait multiplié, en sourdine, des gestes pour dissuader l’ex homme fort de Ouagadougou de modifier la constitution. Idem pour Faure désormais.


« Nous apporterons tout le soutien nécessaire aux citoyens des pays dont on empêche l’alternance politique! ». Ce bout de phrase prononcée à Dakar par François Hollande a remplacé « Nous apporterons tout soutien nécessaire aux citoyens des pays dont Le président les présidents modifient la constitution pour empêcher l’alternance politique ! « . L’aspect de la modification de la constitution ne tient plus d’autant plus que dans quelques pays, la loi fondamentale permet des mandats illimités, « en toute légalité« . Demande a été faite au président français par l’un de ses proches collaborateurs de tenir compte de cet aspect sur lequel on n’a pas beaucoup insisté depuis qu’on parle de limitations de Mandats. Faure Gnassingbé lui-même en a profité pour dire à Accra, il y a quelques jours, qu’il entend « respecter la constitution togolaise » avec une teinte de mauvaise foi, oubliant de préciser que son parti a modifié ladite constitution pour qu’elle soit adaptée aux ambitions personnelles de son feu père auquel il a succédé. Le président français s’était évertué, en amont du XVe sommet de la Francophonie qui se tient à Dakar, pour appeler les chefs d’Etat africains à ne pas modifier les constitutions de leur pays pour des intérêts personnels. Hollande l’a rappelé dans plusieurs discours avant de prendre désormais en compte clairement les cas des pays qui ont manifestement modifié leur constitution depuis longtemps, permettant à certains chefs d’Etat de « s’éterniser au pouvoir« . Depuis, il fait du Togo une priorité d’autant que tous les autres pays de l’Afrique occidentale francophone ont limité les mandats. C’est le cas du Bénin (où la cour constitutionnelle a précisé la semaine dernière qu’aucune modification de la limitation des mandats ne peut être possible, « en aucun cas« , de la Côte d’Ivoire (où Ouattara évoque son éventuel « second et dernier mandat » comme celui de l’accomplissement des travaux entamés) du Niger, du Mali, du Sénégal et du Burkina Faso qui devrait limiter très rapidement les mandats au cours de la transition en cours. Le Togo est devenu l’unique bête noire d’une région où Faure Gnassingbé sera le seul à marcher sur la tête !


Le cas typique du Togo

Sur la question de la limitation des mandats et bien d’autres, par son histoire exceptionnelle et les manipulations sans pareilles qui ont jonché son itinéraire politique, le Togo est un cas d’école, typique et sans comparaison avec d’autres. Sinon peu de comparaisons. Pendant les trois premières décennies qui ont suivi l’indépendance du Togo (1960), la règle du jeu manquait de précision. Les mandats étaient ainsi de fait illimités. D’ailleurs, l’ex dictateur et père de l’actuel président, Gnassingbé Eyadema en a profité pour passer quatre décennies à la tête du pays. Mais le vent de la démocratie, déclenché par le célèbre discours de Baule, prononcé par François Mitterrand a tout changé. Les conférences nationales se sont multipliées dans la partie francophone du continent et le Togo a connu une longue transition démocratique et l’adoption, par référendum, d’une constitution en septembre 1992, limitant à deux le nombre maximal de mandats par une seule et même personne. Le Togo était ainsi, à l’avant-garde de la culture de l’alternance, même si il ne l’avait pas encore jamais mis en pratique. Mais au début des années 2000, deux faits importants se sont produits.



Gnassingbé Eyadema, dictateur sept étoile, soutenu par la France, dit, avec Jacques Chirac comme témoin à Lomé, qu’il ne se représentera plus à la prochaine échéance présidentielle. Chirac qui a toujours cru avec son duplicité corèzienne que l’Afrique « n’est pas suffisamment mure pour la démocratie » devait être le dernier à le croire. Quelques mois plus tard et malgré la promesse du Général-président, un projet de loi est introduit au parlement pour sauter le verrou de la limitation que le référendum a adopté une décennie plus tard. Nous sommes en 2002, avec le boycott de l’opposition aux dernières législatives, le RPT, Rassemblement du Peuple Togolais et ancêtre de Unir, parti de Faure Gnassingbé, avait été seul candidat et disposait de la totalité des sièges au parlement.


La modification, qui en temps normal nécessitait les deux tiers du parlement, est passée comme une lettre à la poste et depuis, la constitution taillée sur mesure stipule que « le président de la République est élu pour un mandat de cinq ans, il est rééligible« . Depuis, pour obtenir la reprise de la coopération avec l’Union européenne et suspendue pendant 15 ans, le Togo a pris, entre les 22 engagements de Bruxelles et l’APG (Accord Politique Global), la résolution apparente de réformer pour amener le pays vers l’Etat de droit. Mais une fois la tension sociopolitique passablement apaisée, Faure a changé de fusil d’épaule et est devenu l’ennemi numéro des réformes constitutionnelles qu’il est censé conduire. Il profite d’une situation créée unilatéralement par son parti, (en sautant le verrou de la limitation des mandats) et qu’il sait, mieux que quiconque injuste et inadaptée. Il est donc intolérable qu’il n’en tienne pas compte et se frotte les mains de n’avoir pas à modifier la constitution, oubliant de préciser que son père a fait le boulot à sa place. Face à pareils cas, la communauté internationale doit imposer les deux mandats. Sur cette question, les Etats-Unis ont pris des positions claires, « Deux mandats et on s’en va » avait écrit le secrétaire d’Etat adjoint, chargée de l’Afrique.


Au Togo et pour une fois, c’est l’opposition, la société civile et la grande majorité de la population qui demande une modification de la constitution pour limiter les mandats dans un pays où ils sont ouverts et illimités. Dans l’état actuel des choses, Faure Gnassingbé qui finit dans quelques mois son second mandat de cinq ans pour en faire autant qu’il veut, à la suite de son père à qui il a succédé. Ce dernier avait dirigé le pays d’une main de fer pendant 38 ans.



Les pressions « hollandoises » et internationales

Il est harcelé de part et d’autres mais fait la dure oreille. L’ambassade des USA à Lomé n’a jamais manqué aucune occasion de lui exprimer la position claire de la Maison blanche, « nul ne doit faire plus de deux mandats« . Alors que chez les Britannique et dans la plupart de leurs colonies, c’est un acquis depuis toujours, l’Allemagne aussi commence à mettre la pression pour qu’aucun président « ne dure trop au pouvoir« . Mais la position la plus importante est celle de François Hollande. Il est à la tête d’un pays, l’ancienne puissance coloniale, qui a une forte influence sur le Togo. Ses positions ont des impacts directs dans les palais présidentiels même si les récentes mutations de la françafrique fait que certains dinosaures africains peuvent minimiser « la portée » des discours de Hollande.



Une chose est certaine, en prenant sans équivoque position, non seulement l’Elysée met en garde, avec les conséquences, mais il dope les peuples et opinions nationales favorables à la contestation. C’est déjà le cas du Togo. La situation actuelle du Togo se rapproche, à plusieurs égards de celle du Burkina Faso avant la révolution. Hollande essaie de faire le lien clairement et d’appeler ses pairs africains à « en tirer toutes les leçons« .
En recevant, au début du sommet, le président togolais, il le lui a rappelé clairement. Il a insisté sur le fait que la « France sera du côté du peuple » en évoquant le cas unique du Togo où « un retour à la limitation est raisonnable » selon une source crédible française qui a participé à la préparation de la rencontre. Cela va de soi d’autant que l’ancien ambassadeur de France au Togo, Nicolas Warnery avait clairement exprimé son indignation face au rejet par les députés de Unir, parti de Faure, du projet de loi introduit par le gouvernement et qui limitait à deux le nombre de mandats. Il l’a qualifié publiquement de « mauvais signal pour les réformes » avant d’être repris par Robert Dussey lors de la cérémonie d’au revoir. Depuis son entrée inattendue au gouvernement, l’ancien séminariste devenu ministre des affaires étrangères multiplie les coups pour défendre le besoin pour Faure de continuer sa mission. Il avait déjà évoqué « une chance divine pour le Togo » pour parler de l’arrivée de Faure Gnassingbé au pouvoir.



Pour ce fameux philosophe dont les humeurs ont de quoi varier au gré des intérêts, sa nomination à la tête de la diplomatie est un cadeau du ciel et il en profite bien avec des tours du monde des pays dont certains sont à peine connus au Togo.

Selon les confidences d’un diplomate recueillies à Ouagadougou par l’association françafricanophobe, Survie, au-delà de la lettre , Hollande aurait utilisé mille moyens pour dissuader Blaise Compaoré de modifier la constitution pour rester au pouvoir. Avec Faure, il avait eu un premier message par le nouvel ambassadeur de France, Marc Fonbaustier, puis un échange entre le ministre togolais des affaires étrangères et un émissaire du Quai d’Orsay. Depuis, à Dakar, les discours de Hollande vise clairement le Togo et alors que Fadel Barro, Coordinateur du Mouvement Y en a marre menace « Bientôt nous serons au Togo » sur TV5 Afrique, Hollande reçoit Faure en marge du sommet de la Francophonie et le somme d’écouter la voix du peuple.


De sources concordantes au cabinet de Laurent Fabius, des missions vont se multiplier dès janvier en Afrique en général, « Au Togo bien sûr » nous a-t-on confié, « prioritairement » conclut notre source. « La création d’un espace homogène et francophone qui soit un exemple de démocratie nous oblige à suivre la situation au Togo de près » aurait confié Laurent Fabius lors d’une séance de travail sur le sommet de Dakar avec plusieurs membres de son cabinet. Vouloir, dans ces conditions, foncer sans concessions ne sera pas seulement périlleux pour le président togolais mais même « fatale ! » pour utiliser un mot si cher à son feu militaire de père. « Attention Essozimna! » s’écrierait le père si on pouvait l’entendre de sa tombe, malheuresement, elle est à Pya, 500km, peut être trop loin d’un calme apparent de Lomé II, résidence du chef de l’Etat.

MAX-SAVI Carmel


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