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Faure Gnassingbé plus préoccupé par les problèmes des autres que par ceux du Togo
Publié le lundi 23 decembre 2013  |  Le Correcteur


© Autre presse
Faure Gnassingbé, président de la République Togolaise


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Togo -

La présidence va dire peut-être pour se défendre que le discours du chef de l’Etat a pris cette orientation parce qu’il avait en face de lui des diplomates, donc des représentants des pays d’ailleurs. Mais cet argument ne va pas loin puisque, son interlocuteur direct, le porte-parole des diplomates, n’a parlé que des affaires intérieures du Togo. Entre les deux, qui est plus habilité à évoquer les sujets d’ailleurs ? Conclusion possible : faute d’arguments valables et de positions pertinentes à exprimer, le président togolais préfère gloser sur les affaires internationales plutôt que d’avoir à mettre la main dans le panier à crabes qu’est devenue la situation socio-politique du pays.


Contraste saisissant

L’examen des discours révèle un terrible contraste. Joseph Weiss, parlant au nom de ses pairs ambassadeurs et consuls, s’est presque entièrement intéressé aux affaires intérieures du Togo. En face, Faure Gnassingbé, le président du Togo a trouvé opportun de jouer les internationalistes ou les meilleurs défenseurs des questions de paix et de sécurité. M. Weiss a ainsi salué « la dynamisation de (la) politique extérieure » du Togo qui s’est manifestée par « le rôle important en tant que membre du Conseil de Sécurité des Nations unies » et « l’engagement des forces de sécurité togolaise dans le cadre des missions de paix des Nations Unies surtout au Mali, et de l’Union africaine » sans oublier « l’élection d’un magistrat togolais comme juge permanent au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie ». Pour le diplomate allemand, « tout cela a contribué à rehausser l’image du Togo à l’extérieur ».

Par la suite, il a abordé les sujets relatifs aux incendies des marchés qui furent « des moments difficiles », aux législatives du 25 juillet, aux réformes en suspens depuis des années. Concernant les chantiers qui attendent le pays, M. Weiss a énuméré pêle-mêle « un dialogue sur la mise en œuvre de l’Accord Politique Global (APG) de 2006, la mise en œuvre des recommandations de la Commission Vérité Justice et Réconciliation (CVJR), la mise en place de l’Office Togolais des Recettes, le renforcement de la justice, le respect des droits de l’homme, les mesures pour combattre la corruption, les élections locales « dans les meilleurs délais possibles » et la décentralisation ». « Afin de relever ces défis, il faut un climat apaisé et serein » ; aussi le diplomate allemand a-t-il invité les acteurs togolais « à redoubler d’efforts pour trouver des solutions consensuelles et durables aux revendications sociales ».

Que dit Faure Gnassingbé en réponse à un tel discours ? Un bref survol des questions politiques nationales : « durant les mois écoulés, le Togo a poursuivi sous vos yeux sa marche vers la consolidation de l’Etat de droit et le développement économique et social », « au nombre de celles-ci, l’organisation, il y a quelques mois, d’élections législatives transparentes et sans violence » puis un glissement vers l’économie « le renforcement de la charpente politique ne trouve son vrai sens que lorsqu’il participe de la promotion d’un développement durable, synonyme de mieux-être pour nos populations » ; en conséquence, « c’est animés de cette conviction que nous avons, en 2013, résolument engagé la mise en œuvre de la Stratégie de Croissance Accélérée et de Promotion de l’Emploi (SCAPE) avec des programmes d’action prioritaires ciblés ».

Le reste de l’intervention du président Faure Gnassingbé a porté sur l’Afrique, sur le monde. Ses préoccupations évidentes : la paix et la sécurité internationales de même que le développement économique du continent. Faure Gnassingbé semble si enthousiaste à parler de l’Afrique qu’on peut se demander s’il était plus à l’aise à en parler qu’à évoquer les sujets togolais. « Donnons à la jeunesse africaine tous les atouts pour faire éclore ses talents. Renforçons les capacités et l’attractivité économique de nos pays. Mutualisons nos efforts pour lutter contre des problématiques comme la criminalité, la piraterie et le terrorisme » a martelé le chef de l’Etat togolais, exactement comme le ferait un président en exercice de l’Union Africaine. Il ne l’est pas encore.


Sujets gênants ?

Le choix de Faure Gnassingbé suscite bien d’interrogations. On comprend en effet bien difficilement que le chef de l’Etat togolais manifeste régulièrement de la gêne à aborder les sujets d’ordre national, surtout s’ils sont politiques. Une analyse des différents discours, aux moments bien connus de la vie nationale : le 31 décembre et le 26 avril de chaque année, Faure Gnassingbé prononce des discours qui ont pour dénominateur commun de ne comporter rien de concret ni de probant. Quand il a parlé de la mauvaise redistribution des revenus nationaux et de la corruption, il en avait parlé en dilettante ou de façon désintéressée ; quand il a abordé le sujet des émeutes de Dapaong en avril 2012, il n’est pas allé plus loin que la compassion et la condamnation.

L’argument de la gêne est ainsi celui qui, pour beaucoup d’observateurs, peut expliquer le mieux l’attitude du président. Etant donné que les questions nationales sont rarement l’objet de consensus, vu que les conditions politiques du pays autorisent des doutes et des crispations sur la légitimité de son pouvoir, il en découle que Faure Gnassingbé met sûrement des gants quand il doit parler desdits sujets. Les observateurs soulignent dans la foulée que c’est cet argument qui doit être aussi derrière le fait que, lors de son dernier séjour officiel en France, Faure Gnassingbé n’avait parlé à aucun média français. Les auditeurs de Radio France Internationale ainsi que les habitués des chaînes de télévision TV5Monde et France 24 ont pris le rendez-vous depuis peu : lorsqu’un président africain vient en France, il passe en interview à RFI et les deux chaînes de télévision diffusent pour leur part des entretiens exclusifs. Au passage de Faure Gnassingbé, rien de tout cela. Curieusement, quelques jours après, Alpha Condé de la Guinée arrive en France et il passe par ce circuit. Troublante différence !

Volonté de banalisation ?
Pour d’autres observateurs, le choix du président répondrait à une volonté à peine voilée de banaliser les problèmes d’ordre national. Pour ces observateurs, la façon dont fonctionne le système RPT devenu UNIR montre assez facilement que la tendance générale est à la banalisation des problèmes. Pour preuve, on remarque souvent et généralement que le gouvernement reste muet sur des sujets qui défraient la chronique si ce n’est un communiqué laconique et vide de sens qui se contente de l’évoquer. Or, dans d’autres pays, des événements de ce genre requièrent plus d’attention et de sérieux.
En conséquence, ces observateurs soutiennent que si Faure Gnassingbé s’est montré évasif et lapidaire sur les problèmes du pays, c’est parce que pour lui, il n’y a pas de problème qui mérite des pages et des pages de développement. Tout cela peut être ramassé en une page ou abordé en des termes si alambiqués qu’à la fin, on se retrouve avec des sophismes et des déclarations péremptoires sans prise réelle avec le concret. Il en est ainsi malheureusement, de discours en discours. Les Togolais ne s’en étonnent sans doute plus.

Nima Zara

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