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La démographie africaine peut générer une puissante industrie des fonds de pension

Publié le lundi 10 septembre 2018  |  Agence Ecofin
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© aLome.com par Parfait
Caisse nationale de Sécurité sociale
Lomé, le 21 août 2015. Quartier résidentiel de la Caisse. Siège de la CNSS.
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Malgré une démographie en pleine expansion et une faillite généralisée des systèmes de retraite par répartition, les fonds de pension africains ne pèsent que 372 milliards de dollars. Des obstacles culturels et réglementaires empêchent encore cette industrie de déployer son potentiel et de contribuer efficacement au financement des économies locales. Focus.

L’industrie des fonds de pension demeure le maillon faible de la finance africaine. Les actifs sous gestion des fonds de pension opérant sur le continent ont atteint 372 milliards de dollars, selon un rapport publié le 29 août dernier par le cabinet d’analyse et de conseil en investissements RisCura. Ce montant représente une goutte d’eau dans un océan comparé à la cagnotte globale de 41 355 milliards de dollars gérée par les fonds de pension à l’échelle mondiale.


Dans ce domaine, les pays africains anglophones sont les mieux lotis. Plus de 90% des actifs gérés par les fonds de retraite par capitalisation se concentrent dans quatre pays : l’Afrique du Sud (306,6 milliards de dollars), le Nigeria (16,8), la Namibie (10,4 milliards) et le Botswana (7,1 milliards). Et même dans ces pays une poignée de gros fonds administrés par des gestionnaires mandatés par les Etats sortent du lot, à l’instar du fonds de pension des employés de l'État (GEPF) en Afrique du Sud, du Nigeria Social Insurance Trust Fund (NSITF) ou encore du fonds de pension des employés des institutions gouvernementales (GIPF) en Namibie.


Le cabinet RisCura, qui compte parmi ses clients des investisseurs institutionnels de renom ainsi que des hedge funds et des géants internationaux du private equity, a recensé des fonds de pension dans 14 pays africains.

Dans la majorité des pays du continent, et plus particulièrement en Afrique francophone, les organismes de placement collectif, gérant collectivement en capitalisation les retraites et l'épargne salariale, demeurent en effet le chaînon manquant de l’architecture financière. Ces pays ont tous adopté le système de retraite par répartition, qui repose sur le principe de la solidarité intergénérationnelle (les actifs payent les pensions des retraités d’aujourd’hui, et les actifs de demain financeront les retraites des actifs d'aujourd'hui). Mais ce système très sensible aux mutations démographiques (vieillissement de la population, hausse de l’espérance de vie) et aux aléas conjoncturels (hausse du taux de chômage, licenciements massifs, gel des recrutements dans la fonction publique, etc.) a montré ses limites partout sur le continent.



Obstacles structurels et culturels

Dans les pays ayant adopté le système de retraite par capitalisation, qui fonctionne sur le principe de l'accumulation par les travailleurs d'un stock de capital destiné à financer leurs futures pensions de retraite, le plus grand défi consiste à augmenter les niveaux d’affiliation aux fonds de pension. Ce régime ne couvre en effet qu’une minorité de privilégiés, essentiellement les salariés du secteur public et ceux du secteur privé formel. Les acteurs de l’économie informelle ou ceux de l’économie rurale restent largement exclus de ce système de retraite.

«Le pourcentage élevé de personnes opérant dans l'économie informelle, qui est estimé à 70% de la population active africaine, a historiquement limité la taille des fonds de pension dans la région», explique le cabinet RisCura dans son étude.

Selon les données du département des Nations Unies pour les affaires économiques et sociales, le travail au-delà de l’âge de 65 ans est une norme en Afrique. Sur ce continent,
52% des hommes et 33% des femmes ayant dépassé l’âge de 65 ans étaient comptabilisés dans la population active en 2015 !


D’autre part, les Africains affichent encore une méfiance envers les banques et autres institutions de collecte de l’épargne. Une bonne proportion des populations locales préfère toujours des véhicules d’épargne alternatifs comme les tontines, les coopératives informelles d’assurances et les clubs d’épargne. D’après l’édition 2017 du rapport de la Banque mondiale sur l’utilisation des services financiers en Afrique subsaharienne (Findex Database For sub-Saharan Africa), 26% des adultes ont déclaré avoir épargné de l’argent grâce à ce genre de véhicules informels.

Outre ces obstacles d’ordre culturel, les fonds de pension font face à des restrictions réglementaires qui freinent leur essor et limitent leur contribution au financement de l’économie. Au Nigéria par exemple, l’investissement dans des fonds de capital-investissement par les fonds de pension reste limité à 5% par les autorités de régulation. Résultat : près de 85% des investissements des placements des fonds de pension sont orientés vers les titres à revenu fixe (obligations souveraines et bons de trésor).


Soucieux d’inscrire la gestion des fonds de pension dans une politique de développement endogène, les gouvernements locaux ont également mis en place des limites à l’investissement extraterritorial. Au Nigéria, un fonds de pension ne peut pas investir plus de 25% de ses actifs à l’étranger. En Afrique du Sud, il n’est possible d’atteindre 30% que si les investissements sont réalisés dans d’autres pays du continent.


Un véritable cercle vertueux à enclencher

En dépit de ces divers freins, l’industrie africaine des fonds de pension réunit toutes les caractéristiques d’un marché dont les perspectives de croissance sont énormes. Les variables démographiques sont en effet très favorables.

L’Afrique est le continent le plus jeune au monde. La moyenne d'âge de la population africaine est de 19 ans, tandis que le taux de personnes âgées de plus de 60 ans ne dépassera les 20% à l’horizon 2050. L’espérance de vie à la naissance s’améliorera, quant à elle, de 11 ans à l’horizon 2050 pour atteindre 77 ans.


Des réformes sont cependant nécessaires pour libérer le potentiel de l’industrie. Il s’agit d’abord de la libéralisation des systèmes de retraite. Au Botswana, la libéralisation de l’industrie menée par gouvernement depuis 2001 a entraîné un foisonnement de fonds de pension et a favorisé la professionnalisation de leur gestion. Le Botswana compte aujourd’hui une centaine de fonds de pension en activité qui gèrent des actifs globaux de 7,1 milliards de dollars, soit 48,2% du PIB de ce pays d’Afrique australe.

Dans ce cadre, les pays ayant opté pour des systèmes de retraite par répartition peuvent créer des régimes complémentaires de retraite par capitalisation, à l’image de ce qui a été fait en Suisse, où les deux systèmes cohabitent sans accrocs.

La Côte d’Ivoire a déjà montré la voie, en annonçant en avril dernier la prochaine mise en place d’un régime de retraite complémentaire par capitalisation au profit des fonctionnaires et agents de l’Etat. Ces derniers n’ont jusqu’ici droit qu’à un régime de retraite unique par répartition, confronté à un déséquilibre structurel consécutif à la dégradation du ratio actifs-retraités.





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