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Liberté N° 1668 du 31/3/2014

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Etals de commerçants détruits, saccage des habitations de fortune, répression des commerçants de carburant illicite, des signes de méprise du pouvoir actuel
Publié le mardi 1 avril 2014  |  Liberté


© aLome.com par Parfait
Démolition des hangars sur les abords des routes
Ici sur la route d’Agbalépédo


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S’il est un domaine dans lequel les tensions semblent avoir baissé, c’est bien celui de la politique. Mais lorsque des tensions sociales viennent à être exacerbées, la quiétude politique risque de disparaître. Pendant que les services de la mairie appuyés par les forces de l’ordre procèdent à une destruction systématique des étals aux abords de certaines artères de la capitale, des hommes en uniformes saccagent la vente de carburant dit illicite sans autres mesures d’accompagnement sur l’étendue du territoire.

Les derniers faits d’armes sont le délogement manu militari des populations qui vivent le long des rails à Hanoukopé, suivi du saccage de leurs habitations de fortune en ce début de saison pluvieuse. Et pourtant, ces situations existent partout ailleurs et ne sont pas la source des maux qui minent l’économie togolaise.


Si aujourd’hui les autorités réfléchissent à comment organiser le secteur des motos-taxis parce que représentant une part importante du secteur informel, ce n’est pas faute d’avoir usé de tous les coups bas pour en interdire l’avènement. Dans les années 1995-2000, seuls des téméraires s’adonnaient à cette activité dont les autorités ne voulaient pas entendre parler. Au point que dans certaines villes comme Kara, c’était avec les scooters de marque Vespa qu’on a connu les premiers taxis-motos. Parce que les motos de marque Yamaha étaient saisies à tour de bras par les forces de l’ordre dont l’ordre reçu était de ramasser ces engins en circulation.


Beaucoup de Togolais avaient connu les misères des garde-à-vue à la togolaise pour avoir simplement cherché à survivre non pas en volant, mais en initiant une activité génératrice de revenus. Parce que les taxis-motos généraient des revenus substantiels qui permettaient à beaucoup de jeunes de vivre et de subvenir aux menus besoins de leurs familles. Aujourd’hui, des années plus tard, nombreux sont les citoyens togolais qui se demandent : «comment la jeunesse togolaise allait-elle s’y prendre s’il n’y avait pas cette activité de Zémidjan au Togo ? » C’est ainsi qu’une taxe a été même instituée pour les imposer afin qu’ils participent aux recettes du budget. Que de vies torturées l’Etat aurait évité si un encadrement conséquent avait été très tôt mis en place pour faire de cette activité un secteur formel !
Depuis un moment, pour ne pas dire des années, les mêmes autorités s’échinent à casser les baraques installées aux abords de certaines voies publiques. Sans que les raisons avancées pour justifier ces actes soient légitime. Le pavé de Djidjolé et autres artères avaient connu la fureur des agents de la mairie. Mais près de cinq ans après, le paysage de ces voies est demeuré tel. Est-ce le souci d’obliger des populations qui tirent déjà le diable par la queue à acquérir des boutiques plus « imposables » qui aurait guidé les autorités ? Toujours est-il qu’il y a quelques semaines, cette pratique digne du temps des Viking, a refait surface. Baraquements démolis à coups de marteaux, tôles arrachées, poteaux abattus, des scènes qui donnent l’impression que le régime veut punir les citoyens togolais d’un crime imprescriptible qu’ils auraient commis.

Il suffit d’assister à ces scènes pour comprendre la justesse des termes. Mais la nature voulant une fois encore étaler l’inconséquence des dirigeants de la barque Togo, c’est bizarrement le soir du jour où ces démolitions grandeur nature se sont produites le long des rails au quartier Hanoukopé sous une canicule semblable à celle du désert, qu’une pluie diluvienne s’est abattue sur la capitale. Et tous ceux qui ont eu vent de l’acte posé par les autorités du pays, se sont certainement demandé comment toutes ces centaines de familles allaient dormir et sous quels toits. C’est par honneur à leur nature humaine que nous ne sommes pas retournés cette nuit-là sous la pluie sur les lieux du « crime » commis avec nos caméras. « La justice sans la force est impuissante, mais la force sans la justice est tyrannique », disait Blaise Pascal. Au nom de quelle justice la force des autorités s’est-elle abattue sur les habitations de fortune de ces citoyens qui, aux dire de certains, vivaient en ces lieux depuis près de 40 ans ?

Dans sa croisade pour diaboliser l’activité du commerce du carburant non filtré, les autorités ont toujours brandi les mesures de sécurité défaillantes autour du stockage de ce produit comme étant source d’accidents mortels. Sans jamais mettre en lumière les raisons pour lesquelles des citoyens sont obligés de stocker ces produits très inflammables à proximité des habitations. Et comme pour une fois encore dévêtir ceux qui gouvernent aujourd’hui, il a fallu que ce soient des corps habillés, dont les responsabilités dans la floraison de cette activité ne sont plus à démontrer, qui se livrent à une tuerie en règle de commerçants du carburant à Bassar.

Jusqu’où la justice immanente doit-elle se faire voir avant que les autorités ne mettent balle à
terre et trouvent une alternative à ces situations ?
Lors de la rencontre de vendredi avec le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, nombreux sont les journalistes qui ont insisté sur des mesures d’accompagnement pour aider ces commerçants à délaisser cette activité ou sur un encadrement des praticiens de la chose. Mais dans les réponses du ministre, on sentait qu’il était en mission et que l’essentiel pour les autorités est de ne plus entendre parler de carburant en provenance de pays frontaliers. Lorsqu’on récence le nombre de stations d’essence nouvellement construites depuis la réactivation de l’opération Entonnoir d’une part, et l’identité de leurs propriétaires, on réalise que l’introduction de ce type de carburant, loin de porter un coup à l’économie togolaise, est source de mévente de la part des stations d’essence. Ainsi, pour booster la « vente formelle », une guerre doit être déclarée à l’informelle. Alors qu’il suffit de revoir les frais de douane et d’impôts perçus sur un litre d’essence au Togo, et le tour est joué. Avec un coût du litre d’essence comparable à celui des pays de la région, on voit mal des usagers allant faire le plein auprès de vendeurs dont les produits sont qualifiés de non filtrés. En rappel, l’Etat togolais perçoit plus de 74 FCFA comme frais de douane et 117 FFA comme impôts sur un litre d’essence qui coûte à l’origine 336 FCFA.


Lorsque la deuxième partie de la citation de Pascal devient récurrente, l’être humain se dote de moyens de contournement pour faire face à la tyrannie en l’absence d’une justice qui prenne en compte tous les aspects de la société. La Directive lancée par le Conseil supérieur de la Magistrature doit aussi avoir son mot à dire.


Godson K.


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