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La sagesse, le pouvoir et l’argent
Publié le dimanche 18 octobre 2015  |  Telegramme 228


© aLome.com par Parfait
7ème jour de campagne: les écuries continuent de se mobiliser sur le terrain, au moyen de divers canaux.
Lomé, le 17 avril 2015. Une semaine après le début des opérations de charme, les différents états-majors des partis politiques s`apprêtent à entrer dans les derniers jours décisifs de la campagne...


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Les mots de l’évangile de la messe de ce dimanche 11 octobre 2015, m’ont beaucoup fait réfléchir d’autant plus qu’on peut les déplacer de leur contexte théologique pour philosopher là-dessus. Voici la teneur de l’évangile : « J’ai prié, et l’intelligence m’a été donnée. J’ai invoqué, et l’esprit de Sagesse est venu en moi. Je l’ai préférée aux sceptres et aux trônes ; à côté d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse ; je ne lui ai pas égalé la pierre la plus précieuse ; car tout l’or, au regard d’elle, n’est qu’un peu de sable, à côté d’elle, l’argent compte pour la boue. » (Le livre de la Sagesse, 7-10) Devant l’intelligence et la sagesse, le pouvoir, l’argent, les pierres précieuses, tout l’or de ce monde, ne sont que sable et boue.

Oui, la sagesse et l’intelligence sont la seule richesse dont l’homme peut se faire gloire sur la terre. Une gloire éternelle ! Rien ici-bas, vraiment rien, ne peut égaler l’intelligence et la sagesse. On a beau avoir tous les pouvoirs de ce monde, on a beau être milliardaire, lorsque l’intelligence et la sagesse, cette lumière éternelle, manquent, on n’est en fait plus rien du tout, et les conséquences sont inévitables et regrettables. Beaucoup dans le monde de nos jours ont besoin de cette intelligence et de cette sagesse devant lesquelles l’argent et le pouvoir ne sont que gadoue et bouse. Qu’est-ce alors que l’intelligence ? Qu’est-ce alors que la sagesse ?

Petite leçon d’éthique

L’intelligence et la sagesse sont deux vertus intellectuelles. Leur objet est le savoir et la contemplation. Ces deux vertus ont la primeur sur les vertus morales, dont la prudence, le courage, la tempérance et la justice qui sont appelées les vertus cardinales.

Les deux catégories de vertus, soit les vertus intellectuelles et les vertus morales ne sont pas séparables d’autant plus qu’on ne peut être sage sans être prudent, courageux, juste et tempérant. L’intelligence est à la fois une vertu innée et acquise. Son vrai nom c’est l’habitus. Elle « consiste à voir l’évidence, à saisir la vérité des premiers principes qui n’ont pas de démonstration mais fondent toute démonstration. » (Roger Verneaux, Philosophie de l’homme, Paris, Beauchesne, 1956, p.171) La sagesse, quant à elle, est la vertu qui permet à l’homme de peser et de soupeser « toutes choses avec hauteur et profondeur» (Roger Verneaux, ibid., p. 171) avant de passer à l’acte.

Cela étant, où se trouvent l’intelligence et la sagesse dans ce qui se passe autour de nous, dans le monde, et particulièrement en Afrique ? Les yeux des hommes de nos jours ne sont rivés que sur les sceptres, les trônes et l’argent et non sur les valeurs morales et éthiques.

Ce qui explique suffisamment le malaise dans l’humanité, dont nous sommes aujourd’hui des témoins impuissants. Que l’on pense un petit peu à ce qui s’est passé et à ce qui se passe en Irak, en Syrie, en Turquie, en Israël, en Palestine, en Ukraine, en Libye, en Centrafrique, au Burkina-Faso, au Cameroun, au Tchad, au Nigéria, on sera d’accord avec moi qu’il y a vraiment malaise dans l’humanité. On peut écrire tout un livre sur ce malaise, mais ce n’est pas le lieu. C’est pourquoi je m’attarderai seulement un peu sur quelques cas africains de ces dernières semaines, de ces derniers mois.

Le cas du Togo et de quelques autres pays africains

Parlons d’abord du Togo et de ceux qui se disent opposants au régime en place ! Où se trouvent l’intelligence et la sagesse dans les actions des opposants togolais ? Je n’en vois aucun brin. On ne le dira jamais assez ! Le cas des opposants togolais, c’est tous les Togolais qui en parlent. C’est tout le monde qui en parle. Ils passent leur temps à s’insulter, à se diffamer, à se détruire, à se ruiner et à s’affaiblir. Ils veulent tous devenir présidents du Togo en même temps. Comment cela est-il possible ?


Ils ne visent, chacun en ce qui le concerne, que les sceptres, les trônes et l’argent, alors que l’intelligence et la sagesse veulent qu’on forme un front uni pour chasser d’abord la seule famille qui s’accroche au pouvoir depuis des décennies, et qui fait des Togolais des esclaves forcés et non volontaires, à l’exception de quelques hauts gradés de l’armée. Chacun d’eux, avec son petit parti qui n’a aucune audience sur le plan national, et parce que son petit village lui est acquis, reste ferme sur ses étriers. Chacun veut avoir ici et maintenant sa place au soleil. Il n’y a jamais eu de compromis durable entre eux, et qui débouche sur quelque chose de concret, de haut et d’admirable, alors qu’ils sont prompts à en faire avec le RPT/UNIR.

On peut comprendre que « l’erreur est humaine, [mais] persister dans son erreur est diabolique » (Sénèque). Une fois, ça peut passer. Une seconde fois, ça peut encore passer. Mais, lorsque l’erreur persiste toute une vie, ce n’est plus l’erreur. C’est un manque cruel d’intelligence et de sagesse, donc de vision pour son pays, pour une population profondément déçue et désespérée et qui ne sait plus à quel saint se vouer et qui se dit : « qu’avons-nous fait à Dieu ? », une population bâillonnée et constamment violentée par une seule famille qui ne connaît que les sceptres et les trônes, et qui est très ignorante des valeurs morales et éthiques.

Pour cette famille en question, plus rien au monde n’a de valeur à ses yeux que ces choses. L’intelligence et la sagesse, pour cette famille, sont plutôt comparables à la boue, à la crotte de bique. Les conséquences de ce manque de hauteur et de perspicacité seront inévitables et sacrément regrettables.


L’histoire ancienne et récente de l’humanité montre que les gens qui s’accrochent mordicus au pouvoir, les gens, pour qui les sceptres et les trônes sont plus que l’intelligence et la sagesse, finissent toujours, tôt ou tard, par céder malgré eux, devant la pression populaire et la détermination de leur peuple. On peut citer le cas de Zine el-Abidine Ben Ali de la Tunisie, qui a in extremis sauvé sa peau en quittant à la va-vite le pouvoir. Mène-t-il aujourd’hui une bonne vie d’ancien président, avec le respect qui est dû à son rang ? Non ! Certes, il est quelque part, coulant une vie paisible, mais sa quiétude ne peut être sans soucis et doit être mêlée de regrets, d’amertumes, de malheurs. Son argent, puisqu’il en a, n’est que boue devant l’intelligence et la sagesse qu’il n’avait pas su mettre au-dessus du pouvoir.


Aujourd’hui ceux qui l’ont mis dehors sont récompensés. Ils ont reçu le prix Nobel de la paix. Toujours dans le même ordre d’idées, on peut également citer le cas d’Hosni Moubarak de l’Égypte, qui a dû abandonner précipitamment, et à la dernière minute, le pouvoir malgré lui. Il passe aujourd’hui le reste de sa vie en résidence surveillée, même si la révolution dans ce pays peine à prendre son envol. Est-ce ce qu’un homme aimerait avoir comme récompenses après avoir servi son pays d’une manière ou d’une autre ? Un homme qui a incarné le pouvoir pendant des années aimerait après qu’on le porte au pinacle, qu’on lui chante de temps à autre une sérénade, qu’on le cite en exemple comme Nelson Mandela.

Le cas très récent de Blaise Compaoré du Burkina-Faso, qui, emporté telle une feuille de papier par le vent de la démocratie, a précipitamment trouvé refuge en Côte d’Ivoire pour sauver sa peau, ne peut ici être passé sous silence. Compaoré mène-t-il aujourd’hui une vie d’ancien président, avec le respect qui est dû à son rang ? Peut-il aller faire son jogging dehors, son épicerie sans les gardes du corps.


La réponse c’est la négative parce qu’il n’avait pas su, au moment il le fallait, distinguer les trônes, l’honneur et l’argent de l’intelligence et de la sagesse. Il n’avait pas su donner la primauté de ces dernières sur le matériel. La conséquence est qu’il est aujourd’hui obligé d’aller vivre dans un autre pays. N’est-ce pas insultant, rabaissant pour quelqu’un qui a incarné pendant des années l’autorité de l’État, pour quelqu’un qui, qu’on veuille ou non, a fait quelques biens pour son pays ? C’est le sort que tous ceux qui ne veulent pas quitter le pouvoir risquent de connaître. Tout ce que l’homme fait sans intelligence et sans sagesse finit toujours par retomber lourdement sur lui. Il faut alors prendre le chemin de l’intelligence et de la sagesse pour quitter le pouvoir au moment où il le faut.

On ne peut terminer cette petite leçon de philosophie sans rapporter le cas de Gilbert Diendéré, l’auteur du dernier coup d’État inabouti au Burkina-Faso. Si Diendéré avait l’intelligence et la sagesse, s’il les avait mises au-dessus de toutes autres choses, il aurait su que le coup d’État dont il se mêlait, dont il prenait le devant, était perdu d’avance, et il ne s’y risquerait pas. Car on ne joue pas avec la détermination d’un peuple. Personne ne peut dire aujourd’hui que son courage est un courage guerrier, parce que son acte a manqué d’intelligence et de sagesse. C’est de la témérité, cet excès de courage, qui n’est pas courage comme nous le dit Aristote, et qui consiste à poser un acte irréfléchi, étroit d’esprit. Diendéré a-t-il un seul instant pensé aux conséquences de son acte et les désagréments que cela pourrait créer à ses proches ?

Certainement pas. L’acte posé sans intelligence et sans sagesse est un acte mesquin, qui n’a aucune portée. Cela s’appelle plutôt céder au caprice du moment, à l’impulsion. Ce qui n’est jamais sans conséquences. Et comme le dit le critique de l’existentialisme athée, « si un homme lutte pour la liberté sans savoir, sans se formuler expressément de quelle façon, dans quel but il lutte, cela signifie que ses actes vont engager une série de conséquences » (Jean-Paul Sartre, L’existentialisme est un humanisme, Paris, Nagel, 1996, p. 96). Certains n’hésiteront pas à me reprocher que la citation du critique de l’existentialisme athée ne convient pas à la situation de Diendéré.

Je veux bien. Mais Diendéré aux premières heures de son acte de témérité a soutenu qu’il avait fait ce coup d’État pour que tous les Burkinabés participent aux élections, qu’il voulait des élections inclusives. Alibi ! Ce que je veux montrer par là, c’est que Diendéré n’a pas su mettre au-dessus du pouvoir et de l’argent l’intelligence et la sagesse. Et cela ne peut être sans conséquences pour lui. Ainsi doit-il « être châtié de sa témérité ».


Et on le voit déjà. Pendant qu’il est, lui-même, entre les mains de la justice, sa famille, ses enfants ne se la coulent pas douce. De cette façon, tous ceux qui s’accrochent au pouvoir, tous ceux qui veulent y accéder maladroitement, donc illégalement, sont des gens qui ne mettent pas l’intelligence et la sagesse au premier plan de leur acte. Ils ont et ils auront les conséquences. Comme on fait son lit on se couche. À bon entendeur, salut !



Thomas T. Sékpona, Ph.D
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